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Je lui en ai voulu un peu parce que je me suis sentie seule avec ce déménagement pendant une semaine, et que je semblais être la seule à m’en inquiéter à son retour.

Je me sentais seule avec toutes ces choses auxquelles penser. Trouver le bon ordre, le bon rythme, faire en sorte que tout soit fluide… J’avais l’impression que j’étais la seule à m’en soucier alors que j’avais plein d’autres choses auxquelles penser.

Et dans le même temps…

Je m’en suis voulu un peu de ne pas être présente comme je le souhaitais. À poser les bonnes questions, demander comment s’était passé son spectacle, écouter véritablement sa réponse, et être dans la conversation, pleinement.

Mais je me sentais assaillie de pensées, de réflexions au bout desquelles j’avais un mal fou à aller.

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Je voulais continuer à faire comme si rien ne changeait, comme si tout était pareil, garder le même rythme de travail et poursuivre mes habitudes, mais la vérité était que tout était en train de changer.

Tout était en train de changer, et en même temps, rien ne changeait vraiment.

Rien de tout cela ne m’était étranger, à un niveau que je ne pourrais pas décrire.

Le paradoxe, c’est ça : tout est là, tout le temps, dans le même temps.

Tout bouge et tout est immobile.
Tout avance et tout est déjà là.
Je m’en veux et je lui en veux.
Tout coexiste en même temps.
Tout se mélange.

Émotions, actions, rêves, réflexions… tout coexiste et se mélange et forme quelque chose de nouveau qui ne l’est en réalité pas.

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J’ai bien été contrainte d’arrêter. De lâcher prise. Lâcher le rythme, les habitudes, les certitudes. Naviguer, surfer sur ce qui m’était proposé. M’adapter.

Je n’avais plus le choix. À force de m’agripper, d’être dans le contrôle… j’étais dans la frustration, la contraction, la douleur. Il n’y avait plus de place pour rien. Plus de place pour la légèreté. Plus de place pour la joie.

Lorsque je m’accroche dans un effort désespéré de maitriser la situation, de conserver un semblant d’habitudes, j’obtiens l’inverse de ce que je désire : tout ralentit, il n’y a plus de fluidité, plus de plaisir, et je me fatigue alors même que j’ai besoin de toutes mes forces.

Alors je lâche, plus qu’avant et moins que demain. Il me faut encore parfois un laps de temps pour me rappeler de lâcher, mais je finis par le faire de plus en plus rapidement. Dans certaines situations, c’est déjà un réflexe. Dans d’autres, c’est encore un apprentissage. Mais je me sens de plus en plus libre.