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Sombrer ou changer : mon histoire

Sombrer ou changer : mon histoire

Il y a quelques temps, une lectrice m’a contactée par email pour me demander ce qui avait était l’élément déclencheur qui m’avait amenée à voir la vie sous un angle différent, alors que je pensais depuis presque toujours être inapte au bonheur.

Ce mail m’a un peu perturbée, car cela touche à quelque chose de très personnel que je n’avais jamais eu le courage d’aborder de façon publique même si je n’ai aucune raison d’avoir honte. Après plusieurs semaines de réflexion, j’ai décidé de vous faire partager la réponse que je lui ai donnée.

Pour tout dire, le choix de changer de vie s’est imposé à moi. C’était une question de vie ou de mort. Cette expression peut vous sembler exagérée, mais c’est pourtant vrai : soit je changeais ma façon de voir les choses, soit j’allais lentement mais sûrement vers la mort. En effet, j’avais un rapport très malsain à l’alcool”.

Vous comprenez sans doute mieux, maintenant. L’alcool est une substance qui peut tout détruire sur son passage, et je suis tombée bien bas sans même m’en rendre compte ! Pendant de nombreuses années pourtant, je ne buvais qu’occasionnellement, et peu, car je n’ai jamais tenu l’alcool. Si l’on m’avait dit il y a dix ans que j’en serai un jour à boire plus que de raison, je ne l’aurais jamais cru. Et je n’aurais pas douté de moi une seule seconde.

La descente aux enfers

Au fil de la vie, des rencontres et des sorties, j’ai commencé à boire de plus en plus souvent, et les quantités ont augmenté (étrangement, j’ai senti un basculement lorsque j’ai arrêté de fumer).

Je ne savais pas m’arrêter. Lorsque j’avais en tête de prendre un simple apéro après le travail, et consommais de l’alcool fort (mon produit de prédilection était le Gin), cela durait des heures. Après avoir consommé les trois quarts de la bouteille, j’étais malade et finissais à genoux dans les toilettes. J’ai donc décidé de passer au vin, que mon corps semblait mieux supporter. Mais cela n’a rien résolu.

Ma vie tournait autour de l’alcool. Je faisais en sorte de ne voir mes amis qu’à l’heure de l’apéro, pour pouvoir boire sans que cela ne semble douteux. J’ai même manipulé des proches pour être sûre de pouvoir avoir une petite dose d’alcool quotidienne lors d’un long week end en famille.

En semaine, lorsque la fin de la journée de travail approchait, je commençais à préparer mentalement ma soirée. Pour ne pas porter atteinte à ma réputation, je me sentais obligée d’aller chaque jour dans un supermarché différent pour acheter “ma bouteille”. Et bien souvent, j’achetais divers aliments pour passer un peu plus inaperçue. Comme si quelqu’un se souciait de mes achats ! Je rentrais ensuite chez moi pour enfin entamer mon moment préféré de la journée.

Au fil du temps, j’ai établi une routine : d’abord, je devais m’occuper de mon chat, changer sa litière et le nourrir, puis commencer à boire. Si je faisais les choses dans l’autre sens, rien ne serait fait, puisque j’en n’étais incapable avec quelques grammes d’alcool dans le sang. Et bien sûr, je ne compte pas les fois où je suis ressortie de chez moi, titubant jusqu’à l’épicier le plus proche pour me racheter une “petite” bouteille supplémentaire.

Le week end, c’était pire. Au déjeuner (vers 15h), j’avais en tête de boire un verre de vin en mangeant. Seulement un. Mais mon verre était rapidement vide ; il me fallait donc me resservir pour accompagner le reste du repas. Encore et encore. A 18h, j’étais complètement ivre et je n’avais pas décollé du canapé. Et cela se compliquait plus encore lorsque je devais sortir le soir : il fallait que je “débourre” avant de sortir ! Autant vous dire qu’aucune de mes techniques n’a été très efficace… J’ai même reçu des amis dans un état d’ébriété avancé après avoir cuisiné un plat nécessitant de l’alcool : un verre dans le plat, le reste dans la bouteille dans mon gosier. Autant vous dire que je n’ai que peu de souvenirs de cette soirée…

Pendant de nombreux mois, je n’ai eu aucun respect pour moi même et j’ai laissé les autres me traiter comme personne ne devrait l’être. C’était un cercle vicieux : moins je m’estimais, plus on me traitait mal, plus je me haïssais.

Un jour, l’un de ces indélicats m’a demandé pourquoi je buvais comme ça. J’ai fondu en larmes, raconté mes souffrances et blessures d’enfance, mais noyée dans mes larmes, je sentais bien au fond de moi qu’il ne s’agissait que d’excuses.

Le rétablissement

Le lendemain, bien qu’étant encore dans les vapeurs de l’alcool, l’instinct de survie s’est montré plus fort : j’ai demandé de l’aide et ai décidé de rompre cette relation malsaine à l’alcool. Ça a été un énorme travail, mais avec l’aide de mes amis et le soutien de professionnels, je l’ai fait.

Lorsque j’étais enfermée dans ma consommation excessive d’alcool qui, de festive, était passée à solitaire, j’étais dans l’apitoiement. Mais si ma souffrance était légitime au vu des évènements qui ont ponctué ma vie, rien ni personne ne méritait que je poursuive cette maltraitance par moi-même. Et cela n’aurait jamais résolu mes problèmes.

Pourtant, l’alcool n’a jamais eu aucun impact sur ma vie professionnelle, j’ai continué à faire du bon travail, et j’avais un toit au dessus de la tête. Mais combien de temps cela aurait-il pu durer ?

Si j’ai pu rompre ce cercle infernal et cesser de boire, c’est parce qu’ayant échangé avec de nombreuses personnes qui étaient passées par là, j’ai vu et compris qu’il était possible d’avoir une vie meilleure. Et que cette vie, j’étais la seule à pouvoir me l’offrir, en mettant un terme à l’auto sabotage, qui revêt différentes formes.

La renaissance

C’est là que tout a commencé pour moi. Ce que j’ai vécu est une expérience malheureuse que je ne souhaite à personne, mais elle m’a permis de beaucoup apprendre et d’avancer.

Aujourd’hui, et avec le recul, je ne peux regretter ce qui s’est passé. Au contraire, j’en suis plutôt reconnaissante : cette épreuve m’a permis de d’ouvrir les yeux, et d’entamer une renaissance, pas à pas.

Pendant près de trois ans, je n’ai pas consommé une goutte d’alcool. Ça n’a pas été simple au début, mais progressivement, j’ai repris ma vie en mains. J’ai rencontré l’homme de ma vie, et nous nous sommes mariés le 12 septembre 2009. Je me suis reconnectée avec mes amis, repris mes passions là où je les avais laissées… une véritable renaissance.

Après trois ans d’abstinence d’alcool, beaucoup de discussions et une longue réflexion au cours des derniers mois (“suis-je réellement alcoolique, ou bien ma consommation excessive d’alcool était-elle uniquement contextuelle ?”, “que se passerait-il si…”), j’ai décidé de mettre mes croyances et mes peurs à l’épreuve. Pas de coup de tête, mais une expérience. En étant suivie, consciente des risques et connaissant l’unique remède en cas de rechute. Et à ce jour, tout va bien. L’alcool n’est plus un sujet.

Evidemment, ce n’est pas quelque chose que je recommanderai à qui que ce soit ayant en problème d’alcool. Car, je le répète, l’alcool est une substance qui peut tout détruire sur son passage. Mais tel est mon chemin.

Un chemin long, imprévisible, et loin d’être terminé…

Votre témoignage m’intéresse !
Et vous, avez-vous eu un déclencheur ? Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir vous améliorer ?

Photo : Julien Tatham