Ne te presse pas
Combien de périodes de transition peut-on vivre en une vie ? En une décennie ? En une année ?
Ces derniers temps, le rythme m’a semblé s’accélérer. Depuis la naissance de ma fille, j’ai le sentiment de quitter une évolution pour en aborder une autre, puis une autre, puis une autre… Mais si j’y pense bien, peut-être est-ce parce que j’ai bien plus conscience du temps qui s’écoule, des années qui passent. Sans doute l’expérience d’avoir vu disparaitre de trop nombreuses personnes a-t-elle eu un impact sur ma perception…
Aujourd’hui, ces transitions sont principalement internes et identitaires, touchent mes envies et aspirations, ma vie créative et mon parcours entrepreneurial. Dans ma vingtaine, c’étaient les ruptures amoureuses et les déménagements qui marquaient des bouleversements forcés. Où allais-je vivre ? Qu’allais-je faire de mon célibat ? Avais-je envie de me caser ou de m’amuser ?
La majorité du temps, je n’avais de réponse qu’à la première question. Je n’avais pas l’impression de changer, et pourtant c’était bien le cas, intégrant tour à tour une nouvelle leçon, même si j’étais incapable de la formuler consciemment.
A l’époque, comme une vingtaine d’années plus tard, une chose restait vraie : me presser de passer de l’autre côté, d’avancer coûte que coûte, était le chemin le plus sûr pour allerdans le mur, me tromper de direction, courir à l’erreur… qui certes, vient avec son lot d’enseignements, mais tout de même.
Je suis aujourd’hui encore dans un entre-deux. Je mentirais si je disais que cette période m’est joyeuse. Elle est plutôt frustrante, mais est accompagnée d’une certaine anticipation, d’une excitation palpable. Et c’est le moment d’être vigilante : je ne peux pas laisser cette excitation guider mes actions ni permettre à l’anxiété de me gagner – l’une comme l’autre est mauvaise conseillère. Je ne peux pas chercher à accélérer le processus de peur de passer à côté de quelque chose ou par crainte de rester coincée là à jamais. J’ai retenu ma leçon.
L’unique voie pour moi consiste à me recentrer et me laisser porter, en étant solidement ancrée dans mon intention, suffisamment confiante pour être ouverte à ce que la vie a à me proposer. Ensuite seulement pourrai-je savoir avec une immense clarté quel est le meilleur prochain pas, la meilleure prochaine action pour moi.
Alors même si le temps semble glisser entre mes doigts, même si je ne sais pas de quoi demain sera fait, même si j’aimerais rattraper des occasions manquées… je me rappelle de ne pas me précipiter.
Les choses importantes ont besoin que l’on ralentisse.
Ne te presse pas.
